jeudi 26 octobre 2017

Apprendre une langue quand on est retraité

Cet article a été réalisé dans le cadre de l’événement « Des blogs et des Langues », sur le thème “Apprendre une langue à n'importe quel âge, c'est possible ?” Retrouvez tous les autres blogueurs ayant partagé leur point de vue sur le blog Ispeakspokespoken en cliquant ici.

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Apprendre une langue à n'importe quel âge, c'est possible ?

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Comme vous le savez, je n'ai pas l'habitude de céder aux stéréotypes sur les langues : "apprendre une langue, c'est trop dur !", "apprendre une langue, ça coûte cher !", "apprendre une langue, c'est impossible si on ne vit pas dans le pays !"... et puis bien sûr le fameux "apprendre une langue, je suis trop vieux". Non, non et encore non ! Cette dernière idée reçue justement, c'est celle qui nous intéresse aujourd'hui.


On entend souvent dire qu'en matière d'apprentissage des langues, tout se passe étant petit. Les enfants, ces petits génies, assimileraient les idiomes en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Puis, plus le temps passe, plus on vieillit, plus cela deviendrait compliqué... voire impossible. Les enfants brillent en effet dans certains domaines, en particulier le mimétisme et la reproduction des sons (à cet égard, si cela vous intéresse, je vous invite à regarder la vidéo "Mais comment font-ils pour apprendre une langue ?"). Mais les enfants, et les bébés même - car à en croire certains, si vous voulez maîtriser le mandarin, il faut s'y mettre dès la crèche - partagent avant tout 3 caractéristiques essentielles qu'on a tendance à perdre avec l'âge :

1. Ils sont curieux. Ils touchent à tout, courent partout, mettent dans leur bouche des choses douteuses récoltées par terre ou victorieusement dénichées du fin fond de leurs narines... bref, ils font ce que la société interdit tacitement (voire ouvertement) aux adultes. Peu importe, les bambins veulent découvrir le monde à leur façon !

2. Ils osent. Un enfant n'a pas conscience du danger : il n'hésitera pas à caresser un chien errant, à traverser la route sans regarder ou encore à mettre ses doigts dans une prise...

3. Ils sont ambitieux. "Moi, plus tard, je serai cosmonaute" (Louis, 4 ans) ; "Moi, plus tard, je serai archéologue" (Pauline, 6 ans). Et c'est par amour pour ses enfants, que Jean-Pierre (40 ans, expert-comptable) ne leur rit pas au nez.

J'ai un scoop ! Il s'agit de 3 critères absolument indispensables pour apprendre une langue avec succès (ce que les enfants font si bien, rappelez-vous !) : être curieux, ne pas avoir peur (notamment de faire des fautes, comme quand Louis, 4 ans, répond à sa mère qui lui dit "T'exagères !" par "non, je suis pas xagère !"), et être ambitieux, ça compte quand on veut se mettre à l'anglais... ou au chinois !

Après cette introduction, et parce que vous n'êtes peut-être pas encore entièrement convaincu, j'aimerais vous montrer pourquoi je pense qu'il n'est jamais trop tard pour apprendre une langue et même qu'apprendre une langue quand on est retraité, c'est tout à fait possible !

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L'heure de la retraite a sonné pour Jacques. A son pot de départ, personne ne manque à l'appel. Il y a même Jean-Pierre du service compta, avec qui Jacques n'a pourtant que très rarement travaillé. Après un discours émouvant, Jacques ne peut s'empêcher d'appréhender le nouveau chapitre de sa vie qui va bientôt s'ouvrir. Pourtant, ce jour il l'attendait depuis longtemps. Adieu la routine métro-boulot-dodo qu'il détestait tant... mais qui rythmait son quotidien de manière rassurante. Et maintenant, qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire ? Pourquoi pas apprendre une langue ?

Jacques a dit : "Arrête de chercher des excuses !"

On dit que 7 est un nombre magique, alors voici 7 raisons d'apprendre une langue (avec succès !) quand on est retraité :

1. Mettre à profit son temps libre
Un autre stéréotype sur les langues : "apprendre une langue ? Je ne peux pas, je n'ai pas le temps". Mais, si à l'inverse vous êtes un retraité et vous cherchez justement à tuer le temps, sachez que les langues sont des armes très efficaces pour commettre ce crime tout à fait pardonnable.

2. Redonner un rythme à son quotidien
Bon nombre de retraités ont peur de perdre leurs habitudes d'actif. L'apprentissage d'une langue pour être une réussite doit être un exercice journalier. Et c'est en ça qu'il constitue pour un retraité un excellent moyen de retrouver une régularité dans son quotidien, une nouvelle routine en quelque sorte.

3. Voyager sans entrave
La retraite, c'est aussi l'occasion de voyager ! Elles sont nombreuses les personnes âgées qui cherchent à rattraper le temps perdu en parcourant l'Europe, voire le monde. Le parfait moyen de pratiquer la langue qu'on a apprise... et de se motiver pour s'y mettre sérieusement.

4. Maintenir ses capacités cérébrales
Si les voyages n'intéressent pas tous les retraités, je suis convaincu que ce point, au contraire, les met tous d'accord. Face aux menaces de la vieillesse, il est normal de vouloir rester en forme mentalement... sudoku ou mots croisés, les possibilités sont nombreuses. Et l'apprentissage des langues est assurément l'une d'entre elles. Il est d'ailleurs scientifiquement prouvé que le plurilinguisme joue un rôle contre l'apparition de la maladie d'Alzheimer. "Et ce quel que soit l'âge auquel on commence", précise cet article de Sciences et Avenir.

5. Vaincre la solitude
La solitude, une autre réalité bien triste qu'il faut combattre lorsqu'on quitte le marché du travail. Apprendre une langue, c'est aussi un excellent moyen de tisser de nouvelles relations sociales. Que ce soit bien sûr à travers les nouvelles personnes à qui l'on va pouvoir s'adresser grâce à cette langue supplémentaire (et à moins que vous ne soyez exclusivement intéressé par l'aléoute, on parle généralement de plusieurs millions d'interlocuteurs potentiels) ou encore à travers les cours que l'on peut rejoindre et les nouveaux copains de classe qu'on peut se faire - vous avez en plus au moins un intérêt en commun : la langue que vous étudiez !

6. Se lancer un défi
Être à la retraite, ce n'est pas une raison pour arrêter d'être ambitieux. Au contraire, c'est l'occasion rêvée pour réaliser tous les projets avortés qu'on n'a pas eu le courage ou le temps de mener à bien plus tôt dans sa vie. La retraite, une deuxième vie ? Bien sûr ! Inspirez-vous du discours de Bertrand dans la fabuleuse série "J'apprends l'arabe" diffusée par France Culture : "Je suis retraité et je suis là parce que j'avais envie d'apprendre une belle langue, une langue difficile... alors, ça aurait pu être le chinois, mais j'ai choisi l'arabe."

7. Rester dans le coup
Le monde change en permanence. A une vitesse hallucinante, je dois dire. Moi-même, je suis perdu parfois... et pourtant je n'ai que 26 ans et entretiens mes langues tous les jours pour rester au contact de la diversité culturelle que je chéris tant. La mondialisation n'épargne personne, même pas les retraités. Demain, peut-être que votre médecin de village sera un Roumain, venu remédier à vos rhumatismes mais aussi à la désertification médicale qui touche si durement la France alors que lui peine à trouver un travail convenable dans son propre pays. Ou peut-être que des travailleurs polonais construiront de nouveaux logements dans votre ville pour accueillir dignement des réfugiés politiques du Moyen-Orient, ayant parcouru des milliers de kilomètres pour échapper à un régime totalitaire. Tout cela, peut-être, vous mettra face à la réalité de notre époque, qui est celle d'un monde de plus en plus petit, où les échanges interculturels et l'apprentissage des langues ont leur place toute trouvée. Et si ces situations ne suffisent pas à un retraité pour rompre avec le monolinguisme, je suis sûr qu'un enfant expatrié qui se marie à une personne étrangère et annonce la naissance d'un bébé auront vite fait de le motiver. C'est la magnifique leçon que nous enseigne la vidéo suivante et je ne pouvais trouver meilleure façon de clore mon article :


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